La DYSPHORIE DE GENRE ; laisse sa trace dans le cerveau !steemCreated with Sketch.

in fr •  23 days ago

J’ai connu un enfant qui se disait « fille » avec conviction dès l’âge de 3 ans, malgré le fait qu’il (ou elle) soit né dans un corps de garçon. La manifestation éloquente de cette réalité pour cette enfant était d’une évidence renversante.
Après avoir été accompagné avec sa famille par un des meilleurs spécialistes médicaux en ce domaine, elle est entrée à l’école fièrement… En tant que petite fille !

J’ai voulu en savoir plus sur cette singulière perception de soi en lien avec l’identité de genre et son développement.


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Des recherches récentes nous offrent un éclairage nouveau concernant ce décalage entre l’identité sexuelle du corps à la naissance et ce puissant sentiment chez certaines personnes d’appartenir au sexe opposé.

Mais tout d'abord, qu’entend-on par identité de genre ?

L’identité de genre relève de la sociologie. C’est la conscience d’appartenir à un genre (féminin ou masculin) dans une société donnée. C’est une des composantes du concept de soi qui serait en fait, influencée par plusieurs dimensions (biologique, sociale et culturelles), d’où sa complexité.

À savoir : L’identité de genre n’est pas nécessairement en adéquation avec l’identité sexuelle, qui elle, est déterminée par des caractéristiques biologiques (ex. génétique, chromosomes, hormones). L’identité de genre est davantage une représentation « sociale » de soi.
De ce fait, on reconnait que l’une peut ne pas être en concordance avec l’autre.
Et voilà toute l’ampleur de l’inconfort pour les personnes qui vivent cet état de désynchronisation dès leur tendre enfance!

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  • À noter, qu’il n’y aurait pas non plus de lien entre l’identité de genre et l’orientation sexuelle, sujet que je n’aborderai toutefois pas dans cet article.

Apparition du concept

C’est entre les années 1950 et 1960 que des psychologues Américains ont commencé à s’intéresser à cette dimension de l’identité chez la personne. C’est en tentant de mieux comprendre l’homosexualité que ces chercheurs ont amorcé l’étude de ce nouveau concept qu’est L’identité de genre. (Le Gender Identity Research Project fut fondé en 1958 à l'Université de Californie à Los Angeles).

Développement de l’identité de genre

Chez la plupart des enfants, le développement de l’identité de genre s’effectue en trois phases distinctes.


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Phase 1 : la conscience du genre (entre 18 mois et 3 ans)
Ce stade s’effectue au plan individuel. L’enfant réalise qu’il y a deux genres, les garçons et les filles, et qu’il fait partie d’une catégorie ou l’autre. Par contre, à cet âge, l’enfant croit que le genre peut être modifié selon l’apparence des personnes. Il n’a pas encore intégré que le genre est stable durant toute la vie d’un individu.

Phase 2 : la stabilité du genre (entre 3 et 5 ans)
À cet âge, l’enfant se rend compte que le genre des personnes est en lien avec leur sexe anatomique et que c’est un état qui demeure permanent au courant de la vie. Toutefois, sur le plan cognitif l’enfant est encore limité, ce qui fait en sorte qu’il peut vivre de la confusion lorsque l’apparence d’un individu n’est pas clairement définie (ex. un homme aux cheveux longs).

Phase 3 : la consolidation du genre (entre 4 et 7 ans)
À cet âge, en concordance avec la maturation cognitive, l’enfant est bien conscient que le genre ne change pas indépendamment de l’apparence des personnes.

Le Dr Shuvo Ghosh (pédiatre du développement à L’Hôpital de Montréal pour enfants du CUSM) nous explique que ce développement de l’identité de genre bien aligné sur l’identification sexuelle, se passe plutôt simplement pour la majorité des enfants, mais pour certains d'entre eux c’est une autre histoire.

« Par exemple, une jeune fille peut avoir l’impression d’être réellement un garçon emprisonné dans un corps de fille. Ce n’est pas une chose facile à accepter ou à comprendre pour les parents. Il faut beaucoup discuter avec ces familles pour en arriver à un point où les parents acceptent leur enfant pour ce qu’il est et envisagent les prochaines étapes pour le bien-être leur enfant. »
-Dr Shuvo Ghosh

Le trouble de la dysphorie de genre


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Lorsqu’un individu se perçoit comme étant une femme (ou un homme) et que ses organes génitaux attestent du contraire, la personne peut vivre une dysphorie de genre. Une inadéquation entre ce qu’elle ressent intérieurement et son sexe biologique crée une grande insatisfaction et amène des difficultés à plusieurs niveaux.

« Ils sentent que leurs caractéristiques physiques ainsi que les rôles associés à leur genre sont incongrus par rapport à leur perception d’eux-mêmes »

  • Jamie Feusner (psychiatre de l’Université de Californie à Los Angeles, expert de la perception corporelle)

Étant donné que le problème apparaît tôt dans l’enfance, les familles qui consultent le Dr Ghosh pour leur enfant prennent le temps de franchir toutes les étapes nécessaires. Cela peut aller jusqu'à la transition inévitable du changement de sexe si cela s’avère la meilleure voie pour la personne devenue adulte, qui finalement fera ce choix ultime de son propre chef.
Toutefois, il est important de savoir qu’à toutes les étapes jusqu’à l’âge adulte, le choix appartient à l’enfant et demeure réversible. Par exemple, pour les tout-petits, on peut décider de changer le nom et de porter des vêtements du sexe auquel on s’identifie dans la vie quotidienne ou encore pour aller à l’école. Toute au long de son évolution l’enfant a l’opportunité de se reconfirmer son choix et ce, jusqu’à l’étape ultime qui est la chirurgie vers le changement de sexe pour devenir transgenre.
Ce n’est cependant pas toutes les personnes qui désireront faire ce choix pour s’épanouir dans leur vie, malgré leur ressenti bien assumé d’être du sexe opposé.

« Je pense qu’ils se voient en relation avec une personne qui les aime pour eux, pour ce qu’ils sont, et non parce qu’ils sont garçons ou filles. C’est une perspective très réfléchie, mais qui n’est pas très acceptée selon les modèles nord-américains qui caractérisent le sexe, l’identité de genre et les rôles. »

-Dr Ghosh

Les personnes qui vivent avec ce fort sentiment d’inadéquation avec leur corps, affirment toutes clairement, qu’au-delà du genre qu’on leur attribue durant tout le processus de transformation jusqu’à l’étape ultime, il demeure la même personne avec les mêmes traits de personnalité, intérêts, amitiés, passions, etc.

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Une trace de ce mal-être dans le cerveau

Les chercheurs tentent de mieux comprendre cet inconfort lié à l’identité de genre. Ils ont voulu savoir si ce sentiment, d’être enfermé dans un «corps étranger» se reflétait dans le cerveau des personnes vivant avec un trouble de la dysphorie de genre.
Les travaux menés par Jamie Feusner et d’Ivanka Savic Le Dr Jamie Feusner sont inhabituels et particulièrement révélateurs en ce qui a trait la relation des personnes transgenres avec leur corps.

Résumé de l’expérience menée:
Ils ont d’abord pris en photo la silhouette des participants (transgenre et non transgenre) en combinaison moulante. Ils ont par la suite à l’aide d’un logiciel, modifié leur silhouette, en la féminisant ou en la masculinisant graduellement. On faisait ensuite défiler les différentes versions du corps de chacun des participants et on leur demandait s’ils s’y reconnaissaient.
Cette expérience a permis de confirmer l’hypothèse voulant que les personnes avec un trouble de la dysphorie de genre, s’identifient moins aux corps qui correspondent à leur sexe biologique.
Le chercheur Jamie Feusner a voulu en découvrir la cause jusque dans le cerveau des participants. Il a analysé les connexions dans le cerveau des membres de chaque groupe, grâce à l’imagerie par résonance magnétique.
Les participants vivant avec un sentiment de décalage face à leur corps tel qu’il est, avaient une connectivité plus faible dans le cortex insulaire (région responsable des émotions).
Toutefois, plus ils se reconnaissaient dans un corps du sexe opposé, plus ils avaient une grande connectivité dans le cortex cingulaire antérieur (région est sollicitée lorsqu’on réfléchit à son identité).

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« Nous avons trouvé que dans cette population de personnes transgenres, c’est-à-dire de femme à homme, il y avait des différences dans la connectivité. Ils ont en quelque sorte une réaction spontanée quand ils s’identifient à leur corps. »

  • Jamie Feusner (psychiatre à l’Université de Californie à Los Angeles)

Ivanka Savic (neurologue à l’Institut Karolinska, en Suède), a poussé la recherche plus loin.
Elle indique que certaines zones du cerveau sont plus grandes chez les hommes et d’autres sont plus grandes chez les femmes.

Elle s’est demandé ce qu’on pourrait observer chez les personnes manifestant une dysphorie de genre ?
Sources

Ivanka Savic a fait une autre découverte surprenante. Certaines zones du cerveau des personnes transgenres sont différentes de ce que l’on retrouve à la fois chez les hommes et chez les femmes non-transgenres.

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« Par exemple, une femme trans qui est née avec un sexe masculin aura des caractéristiques d’un cerveau masculin, mais elle aura aussi des caractéristiques qui lui sont propres. Ces régions sont responsables de plusieurs choses, mais en ce qui a trait à la dysphorie de genre, ces régions contrôlent la perception de soi par rapport à la perception de son propre corps. Cela est relié à l’inconfort qu’expriment plusieurs personnes transgenres. »
– Ivanka Savic, neurologue à l’Institut Karolinska à Stockholm

À ce stade de la recherche, il semble toujours difficile d’identifier avec précision ce qui détermine l’identité de genre chez un individu.

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Les chercheurs pensent que la perception du genre auquel on s’identifie se construirait graduellement au cours de notre développement. Ils croient également que des facteurs environnementaux auraient une influence durant le processus de structuration de notre identité de genre.
Les travaux de Jamie Feusner et d’Ivanka Savic, nous confirment toutefois clairement que l’IDENTITÉ DE GENRE laisse sa trace dans notre cerveau.

À savoir également ; Les personnes vivant avec un trouble de la dysphorie de genre font d’énormes efforts pour arriver à mieux vivre avec cette réalité d’un corps dont ils se sentent prisonniers. Malheureusement, au courant de leur processus libérateur, ils demeurent malgré tout plus à risque que la population générale … de mettre fin à leurs jours.

En complément ; Petite vidéo en lien avec le sujet, produit par un laboratoire de Liège

Connaître … Comprendre … Accueillir …

Tourlou !


Sources consultées :

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Très bel article, très complet sur un sujet dont on entend beaucoup parler actuellement. Aurais-tu une idée des statistiques sur le nombre de personnes touchées par ce syndrome dans la population en général ?

On a souvent l'impression que c'est une toute petite minorité qui fait beaucoup (trop?) parler d'elle, que c'est un courant "à la mode" en ce moment, mais je pense que ce n'est pas parce qu'on en parle aujourd'hui que ça signifie que c'est un phénomène nouveau... C'est tout simplement moins tabou... qu'en penses-tu ? As-tu souvent rencontré des enfants comme celui dont tu nous parles ?

·

"Généralement, 1% de la population ressent un inconfort de quelques ordre vis-à-vis leur genre."
Le site consulté contient plusieurs autres statistiques à ce sujet.
sources

Je ne crois effectivement pas qu'il y en a davantage, mais c'est moins tabou donc les gens sont plus à l'aise d'en parler. Et le fait d'en parler plus ça normalise le phénomène, de sorte que ces personnes sont moins ostracisés. Le beau frère d'une connaissance, un homme dans la cinquantaine a amorcé la métamorphose récemment. Probablement parce que c'est mieux connu et mieux accepté. Mais je crois que pour les connaître et le savoir , il faut habituellement être dans leur entourage proche, sinon on ne peut pas le deviner et ils ne s'en vantent pas. C'est probablement parce que je travaille en éducation et que je croise et connaît personnellement les familles et leurs enfants que j'ai connu cet enfant. (et un autre indirectement) . Maintenant je le (la) croise dans le village et si je ne le savais pas, je ne pourrais pas deviner sa condition et ce qu'il a vécu.
En passant ... Bonne et Heureuse Année à toute la petite famille :)

Merci 😅 pour ce bel article et j’avoue que je ne connaissais pas la dysphorie des genres.

Un article tres modere et tres pertinent sur un sujet ou l'on peut deraper facilement! Tres interessant aussi l'experience avec la masculination/feminisation virtuelle du corps.





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