« La vie utile » dans le cadre du FTA à l’Espace Go à Montréal
On prétend que c’est toute notre vie, dans ses moindres détails, qui défile dans notre mémoire au moment de mourir…
Dans La vie utile d’Évelyne de la Chenelière et mise en scène par Marie Brassard, les souvenirs de Jeanne prennent une forme onirique et se mêlent à des réflexions sur la fonction du langage et le catholicisme reçu dans l’enfance, une religion qui a développé sa propre version de ce que c’est que la mort.
La vie utile © Caroline Laberge
« La langue ne sait pas dire l’illimité de la pensée vivante » constate Jeanne dans la pièce. Pire encore, les échanges dont l’héroïne se souvient et qu’elle a pu avoir avec sa mère étaient tous une succession de malentendus plus douloureux les uns que les autres. Jeanne, c’est le prénom que lui a choisi son père, amoureux de Jeanne d’Arc et d’une multitude de jeunes garçons mais nullement de sa mère. Avec une telle origine, Jeanne s’est débattue dans la vie, a cherché sans le trouver le secours de la religion qui lui avait été transmise, et se retrouve au moment ultime à faire le bilan et à tenter encore de comprendre ce que c’est que la vie et ce qu’aurait pu être la sienne.
S’inventer un nouveau passé ne peut se faire que par la voie de l’imagination. Et c’est toute la pièce qui est emprunte de cette atmosphère quasi irréelle que l’on retrouve dans nos rêves, où se chevauchent des scènes à la fois cocasses et cruelles, car pleines de réalisme, et d’autres fantomatiques et appuyées par de belles vidéos abstraites et artistiques.
Dans un décor de jardin qui représente la forêt où, enfant, Jeanne se promenait avec sa mère, Jeanne se dédouble en la jeune fille qu’elle a été et en celle qui est au seuil de son départ. Le jardin, c’est aussi le « pardes », le paradis, et bien sûr le cimetière où les corps retournent à la terre. Entourée de quatre acteurs qui interprètent ses parents, la mort personnifiée et Jeanne adolescente, Evelyne de la Chenelière tient le rôle de la Jeanne adulte qui se souvient, imagine et essaye inlassablement de comprendre si la vie a un sens et ce qui fait qu’elle est arrivée là où elle en est.
La pièce donne beaucoup à penser sur la vie, sur le langage et sa faculté de se comprendre et d’entrer adéquatement en relation avec les autres, sur le catholicisme aussi et sa conception savante ou populaire de la mort. Elle ne se prive pas d’un certain humour grinçant. Dans une belle mise en scène et un décor réussi, elle nous plonge dans les réflexions de cette héroïne dont l’existence a dû se trainer une origine compliquée ; une vie pas si facile à vivre, comme le sont, sans doute, toutes les vies, d’ailleurs…
La vie utile, du 28 mai au 1er juin 2018, à l’Espace Go
Festival TransAmérique
Un spectacle d’ESPACE GO
Texte Evelyne de la Chenelière
Mise en scène Marie Brassard
Interprétation Christine Beaulieu, Sophie Cadieux, Evelyne de la Chenelière, Louis Negin, Jules Roy-Sicotte
Décor Antonin Sorel
Lumières Sonoyo Nishikawa
Musique et conception sonore Jonathan Parant
Vidéo Karl Lemieux
Sonorisation Frédéric Auger
Costumes UNTTLD - José Manuel St-Jacques, Simon Bélanger
Maquillages et coiffures Angelo Barsetti
Assistance à la mise en scène Emanuelle Kirouac
Coproduction Festival TransAmériques en collaboration avec Infrarouge Codiffusion ESPACE GO
Création au Théâtre ESPACE GO, Montréal, le 24 avril 2018
Informations : http://fta.ca/
Cet article a aussi été publié sur info-culture.biz
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