Mon périple dans la marginalité : Qui s'y frotte s'y pique ! part.7

in #fr3 years ago (edited)

Les premières lueurs du jour effacent peu à peu l'euphorie dans les cœurs des fêtards. Tandis que l'obscurité se dissipe, la musique perd de son intensité et de sa frénésie. Les battements par minutes ralentissent, tout comme les effets des drogues sur la quasi totalité des participants. Les sourires laissent désormais place à des mines déconfites, les traits tirés par la fatigue, conséquence d'une nuit sans sommeil, ou l’excès était plus que de mise. Les moins vaillants d'entres nous reprennent péniblement le chemin de leurs domiciles, laissant comme seuls vestiges de leurs passages, bon nombres de détritus et autres bouteilles de bières vides. Assis à quelques hauteurs de l'étable, Vince et moi profitions de la fraîcheur matinale tout en partageant un joint de résine marocaine. En observant la scène à flanc de colline, nous nous remémorions certains instants que nous avions partagé de par le passé. Les anecdotes resurgissent, pour finalement former un récit de nos péripéties que nous agrémentions chacun, à tour de rôle. Dans un bref élan de lucidité, mon compagnon de fumette m'interpella brièvement au sujet d'un moment plus que mémorable. Une sombre histoire de deal qui a mal tourné pour l'une de nos connaissance...

Retour en arrière

Cette mésaventure nous ramène quelques temps en arrière. A ce moment la, je n'avais pas encore intégré ma nouvelle famille de substitution et je venais tout juste de terminer mon contrat d’apprentissage. Je profitais alors de quelques mois de répits tout frais payé par les assedic. Mon but n'était pas de réintégrer la vie professionnel dans l'immédiat, mais de simplement profiter de mon temps libre pour flâner et jouir de chaque instants de cette liberté sans contrainte. Le droit à la paresse était enfin à ma portée ! Le weekend approchait à grand pas et l’excitation était palpable au sein de notre petit cercle d'amis, puisque nous avions mis la main sur un flyer qui annonçait une soirée festive dans un bâtiment transformé en club pour l'occasion. Le papier indiquait une entrée plus qu'abordable : 50 francs ! Il ne faisait aucun doute que les teufeurs des environs seraient présent pour l’événement, car l’établissement répondant sous le nom du "labo" était un endroit locale incontournable du milieu. Notre décision était unanime : nous allions nous rendre sur les lieux !

Attiré par le profit et l'argent facile, un de nos amis a entraperçu ici une opportunité à saisir. Kévork était l'archétype du toxicomane qui abusait de toutes formes de produits, de la plus illicite, à celle disponible en vente libre en pharmacie (à cette époque, la codéine n'était pas coupé directement avec de l'aspirine et se vendait librement, sans ordonnance). Malgré ce vice notoire qui lui rongeait la santé, celui ci possédait un sens des affaires assez aiguisé, pour peu que celles lui permettaient de lui payer sa dope. C'est notamment grâce à lui que nous nous approvisionnons régulièrement en cocaïne ou en speed. Alors que le tant attendu weekend approchait, celui ci jugea bon de faire des stocks et de les revendre sans vergogne sur place. C'est alors que durant la veille des réjouissances, je fus bon gré mal gré témoin de son échange avec ce fameux fournisseur. Bien évidemment, pour des raisons évidentes de sécurité, je ne ferais aucune description de cette personne. Cependant, nous touchions la du doigt, une logistique proche du grand banditisme et je vous avouerais que sur le moment, je fus très mal à l'aise de figurer au beau milieu de tout cela...

Le karma ?

Le jour des festivités étant enfin arrivé, Kevork paraissait toutefois nerveux et peu enclin à profiter de la soirée. En effet, celui ci transportait près de dix milles francs de substances illégales, allant de l’héroïne brune au speed rouge sentant bon l’arôme de pomme artificiel. Ce dont on ne se doutait point, c'est que celui ci a réussi à convaincre son fournisseur de lui léguer tout cela à crédit... L'objectif pour lui était bien simple et se résumait à deux scénarios possible : tout vendre pour réussir à rembourser son deal et générer par la suite des profits, ou bien mourir... L'épée de Damoclès se dressait au dessus de sa tète. Kevork était bien au courant de ce que son "généreux" fournisseur était capable de réaliser. Nous arrivions sur place assez tôt durant la soirée, toutefois la fête battait déjà son plein. Sans plus attendre notre dealer autoproclamé se dirigea sans plus attendre à l'intérieur des toilettes, dans le seul but de réaliser sa sale besogne... Nous décidions de prendre nos distance et de vaquer à nos propres occupations...

Après avoir consommé quelques pilules de Taz et bu quelques bières, nous profitions pleinement de la soirée. Dansant et virevoltant au son des sounds-systems présents. Quelques heures défilèrent encore dans l'insouciance la plus totale... Alors que nous nous apprêtions à prendre l'air, sur la terrasse de l'endroit qui faisait également office d'entrée, une jeune femme sorti brusquement du club. Le visage ensanglanté, totalement paniqué et en sanglot, celle ci cria soudainement à plein poumons :

"Cet enculé m'a vendu de la merde !"

Cette scène digne d'un film, nous surprenant à prime abord, Vince et moi, laissa place à un sentiment d'effroi. Cette situation concernait bien Kevork ainsi que de sa came coupé au verre pillé, réalisé à son propre insu. Sans plus attendre, un videur improvisé se rendit tout droit vers les toilettes et prit à parti l'individu concerné. Ne pouvant faire face à l’agression, du fait de son gabarie de Junkie, celui ci n'eut d'autre choix que de subir les foudres d'une foule en furie. Les coups pleuvent et les pochons de drogues s'éparpillent de part et d'autres de la salle. Se sentant en danger de mort imminente, Kevork dut se résoudre à prendre la fuite, laissant au passage une bonne partie de sa marchandise vérolée au sol...

Disparu sans laisser de trace !

Alors que nous nous énumérions ces événements avec Vince, je m'interrogeais tout de même sur ce qui est advenu de ce triste personnage. Je demandais alors quelques précisions à Vince, à ce sujet.

"Aux dernières nouvelles, il fut contraint de réaliser un braquage pour pouvoir rembourser sa dette. Mais de ce que je sais, c'est qu'il a pris la fuite. Depuis ce jour, personne ne la de nouveau aperçu."

Sur ces paroles, je pris une bonne bouffé de marocain et mon regard fila droit en direction du levée de soleil qui se profilait à l'horizon. Je pris quelques instants de réflexion avant de laisser échapper ces quelques mots :

"Chienne de vie !"

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C'est une sacrée histoire que tu racontes là, et c'est vraiment superbement bien écris !
En tout cas, la vie peut être sacrément triste ...

Je vais aller lire les autres :)

Tu as vraiment du talent pour l'écriture! Lâche pas ;-)

Merci pour ton commentaire et tes encouragements !

courageux de ta part !! sombre mais tres plaisant a lire !!