Carnets du droit d'auteur - jour 7 : valeur unitaire du contenu et valeur unitaire de l'acte

in #droitdauteur2 years ago

Taux de croissance mondial annuel moyen entre 2018 et 2022

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L'abondance de contenus gratuits, licites comme illicites, et le développement d'offres proposant du contenu en consommation illimitée contribuent à abaisser la valeur unitaire du contenu, rendant plus incertaines les perspectives de rentabilité des plateformes de distribution en ligne.

Source : iDate Digiworld : « Industrie des contenus : les GAFA vont-ils s'emparer du marché ? » - 16 juillet 2018

La valeur unitaire du contenu. On comprend bien ce que cela signifie, mais est-ce toujours pertinent ?

Un ordinateur, quelle qu'en soit la forme (bureau, laptop, tablette smartphone), est une machine à faire des copies. Il ne peut pas fonctionner sans. À tel point que la notion d'original n'a même pas vraiment de sens.

Prends ce texte par exemple. Avant de parvenir à ta rétine moyennement réveillée (il est encore tôt), ton ordi l'a téléchargé dpeuis un serveur quelque part. « L'a téléchargé ». Enfin, pas le texte tel que tu le vois, non. Il a téléchargé un tas de 0 et de 1 qui représentent le code HTML interprétable par le navigateur web.

Il s'est donc retrouvé avec une copie de ce tas de 0 et de 1.

Au passage, c'est parce que c'est constitué de 0 et de 1, qui sont des numéros ou des chiffres ou des nombres, qu'on appelle ça « numérique ». Certains disent « digital ». Je les conchie. Digital, c'est le mot anglais qui se traduit en français par numérique. Parce qu'en français, digital signifie « qui appartient aux doigts » (Littré) comme dans « empreintes digitales ». Ça, c'est fait, reprenons.

Pour passer de 0101100110 aux caractères typographiques que tu vois, ton ordi a commencé par faire une copie dans sa mémoire. Ensuite, une copie du résultat a été transmise à la carte vidéo qui les dessine sur ton écran. Tout ça avec un certain nombre de copies intermédiaires entre les diverses parties des microprocesseurs impliqués dans l'opération.

Alors, la valeur unitaire du contenu, on se demande bien où elle est là dedans. Aussi, fonder l'analyse des perspectives économiques de l'industrie culturelle sur une notion devenue impossible à estimer paraît des plus étranges. On voit d'ailleurs bien les réserves qui accompagnent l'analyse.

D'où ma question du jour : et si on remplaçait la notion de valeur unitaire du contenu par celle de valeur unitaire de l'acte ?

L'acte pouvant tout autant être celui, ou l'ensemble de ceux nécessaires à l'existence du contenu que celui ou ceux réalisés une fois ce contenu communiqué au public.

Cela me semble avoir l'avantage d'embrasser un nombre infiniment plus grand d'opérations car cela ne limite pas les possibilités simplement à production et consommation. Au contraire, cela ouvre la porte à toutes les situations intermédiaires, sans pour autant exclure les principales.

Dit autrement, la consommation — la lecture, est un acte. Le partage en est un autre, de même que le remix, le sample, l'ajout d'éléments, etc., etc.

Ce n'est plus le contenu qui a une valeur unitaire mais chacun des actes qu'il génère. Il y a urgence à établir le modèle économique qui fondera sa valeur sur l'acte et non plus sur l'objet. Ce sera certainement plus profitable que tenter de racketter ceux qui l'ont déjà mis en pratique. :-)

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