Abidjan : La vie sous un coup d'Etat - Fin

in #fr2 years ago


La vie sous le couvre feu

Le coup d’Etat de Noël 1999 nous avait surpris dans une situation délicate, hors d’Abidjan et sans communication. Nous avions pris la décision de rentrer sur la capitale, retour difficile et stressant dans la situation d’insurrection de ce jour de Noël (Voir épisode précédent).

Nous étions enfermés à la maison pour ce premier jour de couvre feu nous demandant de quoi serait fait l’avenir. Je rappelle que cette histoire n’est absolument pas une leçon d’histoire, juste un témoignage de la façon dont nous avons vécu cet événement.

* * * * *

Le 26 décembre

Il fallait d’abord essayer de rassurer la famille. Le téléphone fixe marchait parfaitement en local mais les lignes étaient la plupart du temps saturées, c’est ce que disait le message, pour l’étranger. Comme toujours en Afrique, tout fini toujours par s’arranger quand on commence à ne plus y croire. Nous avons pu parler brièvement à nos familles. Cela enlève un poids de ne plus s’inquiéter en pensant que nos proches se font du souci pour nous. Nous nous doutions que la version qu’ils recevaient par les médias était bien pire que la réalité.

Les médias internationaux ont leur façon á eux de présenter les choses. C’est un lieu commun de dire aujourd’hui qu’ils cherchent le spectaculaire au détriment de l’information. L’été suivant, visionnant les enregistrements des journaux télévisés que mon frère m’avait conservé, je n’ai absolument rien reconnu de ce que j’avais vécu. Abidjan est grand, nous ne devions pas être dans les mêmes quartiers que les journalistes.

Contacter l’Ambassade, pour avoir des informations d’une source plus rassurante que les rumeurs que l’on se renvoyait les uns les autres, était une toute autre paire de manche. Personnellement au cours des jours suivants je n’ai jamais réussi. Lá encore c’est une expérience purement personnelle et ponctuelle, plus tard quand le problème deviendra plus grave les évacuations ont été organisées et ont bien fonctionnées de ce que j’ai entendu dire par les amis encore là bas.

Nous entendions régulièrement quelques tirs, souvent assez loin mais la situation semblait plus paisible en cette fin de journée du 26.

Les jours suivants

Dés le lendemain, avec mon gardien, nous avons tenté une première sortie. Timides au début nos pas nous ont finalement menés jusqu’au barrage militaire dressé à l’entrée du quartier. Les rues, pendant la journée, commençaient à retrouver leur animation naturelle. Armé de quelques bières fraiches et de notre plus beau sourire nous sommes allés tenter de sympathiser avec les militaires. L’ambiance était bon enfant.

Rapidement les taxis sont ressortis, puis les voitures particulières. Le couvre feu à duré assez peu si je me souviens bien. Nous nous invitions les uns chez les autres et dormions sur place, c’était presque un changement amusant, une aventure presque gratuite à raconter plus tard.

Les consignes au niveau des nouveaux dirigeants étaient à l’apaisement. Du moins je le suppose car la situation revenait à la normale très vite. Je n’irai pas jusqu’à dire que pour le nouvel an tout était oublié, le coup d’Etat restait la conversation incontournable, mais les fêtes de fin d’année se sont déroulées dans le calme.

Les mois suivants

Les mois qui ont suivi, bercés par le retour à la normale et ne voulant pas oublier la si belle vie que nous avions, nous étions très positifs. Nous voulions tellement que le pays qui nous servait de paradis ne soit pas gâté (Mot typique que les Ivoiriens utilisent souvent pour tout se qui se détériore et pas seulement les fruits). Nous le voulions si fort que nous ne savions plus regarder la réalité, je m’en suis rendu compte plus tard. Pourtant nous profitions comme si tout pouvait nous être enlevé d’un coup, si nous vivions à 100% avant, la nous étions passés à 120.

Je me rappelle que voyant notre date de départ approcher nous étions tristes, cherchant quelques combines qui nous auraient permis de prolonger notre séjour. Pourtant de temps en temps des coups de feu résonnaient au loin, des rumeurs circulaient. Nous ne voulions ni voir ni entendre, ne touchez pas à notre Côte d’Ivoire ! Comment n’ai-je pu deviner l’avenir, alors que reprenant mes footing et mes randonnées moto en brousse, je tombais sur des cadavres, laissé là, tués par balles. Comme beaucoup d’autres je pensais que ma petite énergie compenserait les calculs politiques. Quelle naïveté !

Les années suivantes

Mon contrat prenait fin officiellement en juin 2000. Ne remettez pas mon courage en question, ce n’était pas une fuite mais la fin prévue d’un contrat de professeur expatrié de 3 ans renouvelable une seule fois. Je ne pouvais pas rester même si je le souhaitais. Les règles du Ministère des Affaires étrangères qui me semblent assez logiques. Je suis partis en pensant, comme je crois tout le monde ou presque, que la situation allait se normaliser. Dans les fêtes d’adieu aux amis c’était nous les malheureux qui quittions ce pays de rêve.

Je passe rapidement sur le reste de l’histoire car je ne l’ai pas vécue sur place. Nos amis étaient là bas et nous la connaissons à travers eux. Deux ans après, le coup d’Etat de 1999 paraissait anecdotique. Des slogans comme : « A chacun son blanc » ont traversés Abidjan, les hélicoptères et les commandos Français ont procédés aux regroupements et aux évacuations.

Ceux qui avaient pu étaient partis avant mais il faut bien comprendre que beaucoup avaient toute leur vie en Côte d’Ivoire. Leur conjoint, leur famille, leurs biens, leur business, parfois ils étaient nés là bas et se sentaient plus Ivoiriens que Français, Belges ou autres. Les Européens n’étaient pas les seuls visés, loin de là, la communauté Libanaise et les Africains des pays voisins, notamment les Burkinabais en ont fait les frais.

* * * * *

Les noms des gens et des partis politiques changent mais ces luttes de pouvoir sont toujours les mêmes d’un pays à l’autre. Leurs conséquences, plus ou moins cruelles, sont toujours subies par ceux qui n’ont rien demandé d’autre que de vivre leur part de vie en harmonie avec eux même et leurs semblables. Ceux-ci sont dévorés par l’ambition des premiers, on le vit tous les jours depuis la nuit des temps mais sommes incapables de remettre tout ces petits chefs avides à leur place. Que personne ne se trompe, ici je ne parle pas que de l’Afrique.


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bonjour,par hasard je te visite et trouve tes écrits intéressant,donc je vais te suivre et te soutenir,pour ma part je travaille aussi sur l’Afrique, mais du nord,intel éco ,les veilles sécu ont un décalage d'une année,mais reste intéressante,

Bonjour et merci @bobflix pour ton soutien. J'ai vécu en Afrique du nord également en Tunisie oú je me rends d'ailleurs actuellement revoir des amis.

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Une série qui se termine sur une réflexion profonde et plus que censé ! Upvoté à 100% !

Merci @francosteemvotes, "profonde" je ne sais pas, juste un petit avis sans prétention aucune.

"Ceux-ci sont dévorés par l’ambition " oui c'est un mal planétaire, malheureusement. Faire le deuil de la Toute Puissance c'est pas simple pour certains !