Melior, part 9

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Je me réveille tard le lendemain, souffrant d’un terrible mal de crâne. Je décide alors d’aller manger un morceau. Prenant mon courage à deux mains, je me lève et sors de la pièce, chancelante, pour croiser le tavernier dans le couloir. Avec le même sourire qu’il avait arboré toute la soirée précédente, il me propose de rejoindre la grande salle dans laquelle il me servira un petit déjeuner. Je crois discerner un ton amusé dans sa voix, mais c’est surement dû à mon état. J’avance jusqu’à l’escalier, utilisant les murs pour me stabiliser, puis je descends doucement, gardant les yeux rivés sur mes pieds pour ne pas dégringoler jusqu’en bas des marches. Refoulant une terrible nausée, j’arrive enfin à lever le nez pour balayer la salle d’un regard vitreux : je ne sais pas ce qui s’est passé après mon départ d’hier, mais on dirait qu’un ouragan est passé par là. Au milieu des tables et des chaise renversée, j’aperçois mon objectif final : la table proche de la cheminée… Sur laquelle quatre nains semblent douloureusement comater !

Je dois probablement tirer une tête amusante car mon hôte éclata de rire en entrant dans la pièce. Un rire probablement beau et joyeux en temps normal, mais qui me jette immédiatement à terre de douleur. Du coin de l’œil, je vois également deux de mes compagnons sursauter et se prendre la tête entre les mains, pendant qu’un troisième glisse de la table et tombe à même le sol. Seul Gordar semble paisible, la main cramponnée à une chope et un sourire mystérieux aux lèvres.

Alors que ces congénères se redressaient exprimant le mal qu’ils éprouvaient par de multiples expressions faciales indescriptible, le capitaine ouvrit les yeux et se redressa d’un coup. Son regard était aussi perçant et clair qu’à son habitude mais il semblait de mauvaise humeur.

« -Quelle heure est-il ? Nous sommes en retard ! Rassemblez vos affaires les gars, on part dans cinq minutes ! Ah ! Tu es là Melior ! Tu as bien dormi ? Torbal, arrête de lécher le sol ! Merci tavernier, ce fut une merveilleuse soirée… »

Et il continua comme ça, sans que quiconque puisse en placer une, jusqu’à ce que ces trois amis fussent prêt, et qu’ils quittèrent la taverne, le pas trainant. Incroyable les nains…

Je m’assieds enfin à la table qu’occupaient mes amis quelques minutes plus tôt et, tandis que l’aubergiste dépose un petit déjeuner de roi devant moi, je décide de faire un point sur la situation.

J’aimerai apprendre à me battre mais ma côte est encore fragile. De plus, mes maigres économies ne permettront pas de rester plus de quelques jours dans cette auberge. Je décide donc de trouver un travail afin de gagner de l’argent et d’avoir un toit pour dormir. Je lève mon regard vitreux vers le tavernier qui entreprend de nettoyer les restes de la soirée.

«- Vous n’avez pas du travail à me proposer par hasard ? »

Il se fige un instant, redresse la table qui se trouve à ses pieds, et éclate de rire en me regardant.

«- Alors toi ma belle, tu manques vraiment pas d’culot ! Après ce que t’as fais à mon auberge, tu penses pouvoir travailler ici ? Un regret peut être ? »
«- Que voulez-vous dire ? J’ai vomi quelque part ? Je peux nettoyer ! »

C’est en finissant ma phrase que je le perçois. Comme au ralenti, l’aubergiste écarte les bras, me montrant l’ensemble de la pièce sens dessus dessous. Mais je n’entends rien. Je ne vois rien. Jusqu’à maintenant le mal de tête et le sifflement dans mes oreilles me le cachait, mais il est bien là : le silence. Effrayée, je me lève en renversant ma chaise. Non, c’est impossible, j’avais juré de ne jamais le faire ! La voix m’a abandonné une nouvelle fois, je l’ai déçue ! Malgré la voix du tavernier, malgré l’agitation du port, le monde est tellement silencieux sans elle. Ne sachant que faire, je me recroqueville sous la table. Je vois le demi-orc s’approcher de moi, l’air inquiet. Il se penche vers moi et remue les lèvres, mais rien ne m’atteint. Je suis hermétique au monde qui m’entoure. Je veux mourir. Je veux disparaître. Doucement, il me soulève la table qui me sert de refuge et me prend dans ses bras. Il m’emmène alors dans ma chambre pour me coucher et me faire boire une substance étrange. Et moi, je ne fais rien. Je suis persuadée que je vais cesser d’exister. D’ailleurs je sens que ça vient. La porte de la chambre se ferme en même temps que mes yeux.

C’est fini.

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