Le Crowdworking, c'est à peu près 5$ de l'heure

in #fr3 years ago

Une étude publiée ce lundi par l'Organisation internationale du Travail - une agence des Nations Unies - suggère que les conditions de rémunération et de travail sont aussi mauvaises ou pires pour ceux qui travaillent sur des plates-formes de "microtâches" comme Amazon’s Mechanical Turk.

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Les microtâches sont une variété d'activités subalternes qui nécessitent une surveillance humaine. Ces tâches sont généralement effectuées en ligne et peuvent aller de la participation à des enquêtes ou à la retranscription de base jusqu' à l'entraînement à des logiciels d'Intelligence Artificielle. L'Organisation Internationale du travail a établi qu'en moyenne les travailleurs des cinq grandes plates-formes de microtâches : CrowdFlower, Clickworker, Microworkers, Prolific et le Turc mécanique susmentionné, gagnaient 4,43 $ de l'heure, un chiffre lamentable qui est tombé à 3,31 $ lorsqu'étiaent prise en compte des activités liées au travail non rémunéré comme " chercher des tâches[et] des clients pour atténuer la fraude ".

Les conclusions de l'OIT ont été tirées de deux enquêtes menées auprès de 3 500 personnes vivant dans 75 pays. Les résultats sont encore plus sombres lorsque l'on compare les gains horaires moyens des travailleurs nord-américains (4,70 $) à ceux des travailleurs de l'Asie-Pacifique (2,22 $) ou de l'Afrique (un maigre 1,33 $).

Bien que ce type de microtâche soit, comme d'autres perspectives de l'économie du travail, souvent présenté comme un complément aux emplois traditionnels, l'OIT a constaté qu'environ un tiers des personnes interrogées utilisaient ces plateformes comme principale source de revenus. Dans de nombreux cas, l'état de santé ou la prise en charge de jeunes enfants ou de parents malades empêchaient ces travailleurs de chercher d'autres formes de travail. Pire encore, l'OIT a constaté une corrélation directe entre la dépendance à l'égard de ces plates-formes pour le revenu et une perte de sécurité sociale sous forme de soins de santé, de pensions ou d'indemnisation des travailleurs.

Le crowdwork comme on le nomme, est embourbé dans les mêmes problèmes que les autres emplois de l'économie du spectacle : les travailleurs sont considérés comme des " entrepreneurs indépendants ", ce qui les met à l'abri de la responsabilité de la protection de base des employés, comme l'offre du salaire minimum. L'OIT a souvent constaté que la cession de ces droits est enfouie dans des accords d'utilisation de longue durée qui sont difficiles à comprendre et qui sont souvent sujets à changement. Près de 90 % des travailleurs interrogés ont déclaré avoir été victimes d'incidents au cours desquels ils n'ont pas été payés pour le travail qu'ils avaient effectué et n'ont eu que peu de recours pour demander réparation. La conception de ces plates-formes, tout en imposant des cotations aux travailleurs, ne donne pas aux travailleurs la même possibilité de laisser un examen négatif à un demandeur qui ne paie pas, ce qui pourrait dissuader d'autres personnes de se faire imposer une telle mesure.

Faisant écho aux critiques des militants et des juristes qui examinent ce marché, le rapport de l'OIT affirme à juste titre que l'aspect technologique de ces plates-formes est souvent utilisé comme écran de fumée pour obscurcir des pratiques de travail très anciennes et déséquilibrées :

Le travail d'équipe est parfois considéré comme un "nouveau" type de travail : une transformation du travail basée sur le développement de l'Internet et des plateformes en ligne qui le soutiennent actuellement. L'argument selon lequel ces plates-formes sont "nouvelles" - ce qui n'est pas tout à fait la même chose que le "travail" traditionnel - a été l'un des moyens utilisés par les plates-formes de travail en ligne pour tenter d'échapper à la réglementation du travail existante.

Le rapport détaillé se trouve là : www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/---dgreports/---dcomm/---publ/documents/publication/wcms_645337.pdf

Traduit de l'anglais https://gizmodo.com/un-study-finds-average-american-crowdworker-earns-less-1829233627

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Article très intéressant !
En effet c'est sous payé, mais par exemple pour moi qui suis étudiant c'est un bon plan :)
Aussi dans des pays ou l'économie est moins importante qu'en France c'est probablement un bon moyen de gagner de l'argent.
Mais bon c'est clair que c'est un peu de l'exploitation !

Merci.
Remarque les montants varient aussi en fonction de la localisation. Je me demande bien à quel montant à l'heure on arriverait pour les rédacteurs de contenu sur Steem... Bien que moins tangible qu'au siècle dernier, il y a comme une nouvelle prolétarisation en marche.